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‘’Je crois à une écologie pragmatique, adaptée à
notre territoire’’. (Partie 3)

Grasse, c’est la ville française des parfums, mais aussi une ville qui prend soin de son environnement, avec plusieurs initiatives pour préserver la nature et lutter contre le réchauffement climatique. A la tête de la Commune mais aussi de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse (CAPG) depuis 2014, un homme : Jérôme VIAUD qui a fait de sa personne, une opportunité de bien-être et du vivre-ensemble. Adulé, ses administrés et concitoyens lui renouvèlent leur confiance en 2020, puis en 2026 lors des dernières élections municipales où il est élu au premier tour. Très engagé dans la transformation de la ville de Grasse et de la Communauté d’Agglomération, découvrons les politiques environnementales de l’homme.

Dedumag.net : La commune de Grasse ainsi que toutes les autres du Pays de Grasse peuvent-elles être considérées comme des villes durables ?

Jérôme Viaud : Je crois que oui, et ce n’est pas une affirmation théorique. À l’échelle intercommunale, la CAPG a été labellisée Territoire Engagé pour la Transition Écologique – 2 étoiles, en reconnaissance de la politique climat-air énergie que nous menons. Nous visons désormais la troisième étoile d’ici fin 2026, ainsi qu’une labellisation spécifique en matière d’économie circulaire. Cela signifie que notre trajectoire est évaluée, mesurée, et reconnue à l’échelle nationale. Nous avons également été distingués en 2025 comme « Territoire de Villes et Villages Étoilés », une reconnaissance de nos actions en matière de réduction de la pollution lumineuse et de préservation du ciel nocturne. Seuls 17 territoires sont aujourd’hui labellisés à l’échelle nationale, et nous formons, aux côtés du Parc naturel régional des Préalpes d’Azur, de la Communauté de Communes Alpes d’Azur et du Parc national du Mercantour, la plus grande trame étoilée de France. Mais au-delà des labels, ce sont surtout nos choix concrets qui permettent de parler de territoire durable :
• Nous investissons dans des bâtiments publics plus performants et accessibles.
• Nous développons une énergie locale et renouvelable, avec des dispositifs d’autoconsommation collective.
• Nous modernisons l’éclairage public en conciliant performance énergétique et respect de la biodiversité nocturne.
• Nous encourageons des mobilités plus propres et plus partagées.
• Nous préservons nos espaces naturels et agricoles.

À l’échelle de la Ville de Grasse, ces engagements ont également été reconnus : Marianne d’Or du développement durable, label « Ville étoilée » pour la qualité de l’environnement nocturne, reconnaissance Territoire engagé pour la nature, maintien des 3 fleurs. À l’échelle du Pays de Grasse, nous sommes également engagés dans des démarches structurantes comme le Contrat de Transition Écologique ou Territoire d’Industrie. Ces distinctions ne sont pas des finalités. Elles traduisent un travail de fond. Un territoire durable, ce n’est pas un slogan. C’est un territoire qui anticipe, qui protège ses ressources, qui maîtrise son énergie et qui maintient un équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement. C’est cette ligne que nous tenons.

Dedumag.net : Comment intégrez-vous les enjeux environnementaux dans votre Plan local d’urbanisation et intercommunal (PLUI) ?

Jérôme Viaud : La Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse ne dispose pas, à ce jour, de Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi). Elle est en revanche membre d’un syndicat en charge de l’élaboration et du suivi du Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT), aux côtés de la Communauté d’Agglomération Cannes Pays de Lérins. Dans ce cadre, elle veille à la bonne articulation entre les documents de planification et les projets portés par les communes du territoire. Elle joue un rôle de coordination et de mise en cohérence, en s’appuyant sur l’expertise de ses services dans des domaines clés tels que la planification, l’aménagement, l’environnement, l’énergie, les déplacements ou encore l’agriculture

Dedumag.net : Comment se présente la préservation et le développement des espaces naturels et verts ? Est-ce des actions qui sont menées au niveau de l’agglomération ou il revient à chaque commune de préserver et développer ses espaces naturels et verts ?.

Jérôme Viaud : La préservation des espaces naturels repose à la fois sur l’échelle communale et intercommunale. À l’échelle de l’Agglomération, nous travaillons sur les grands équilibres : planification territoriale, trame verte et bleue, protection des terres agricoles, lutte contre l’artificialisation des sols. Le SCoT et le PCAET fixent un cadre structurant. Mais la mise en œuvre concrète, notamment en matière d’espaces verts urbains, relève principalement des communes. À Grasse, nous avons fait le choix d’agir directement à travers nos documents d’urbanisme. En 2024, nous avons engagé une modification du Plan Local d’Urbanisme de la ville de Grasse pour renforcer la place de la nature en ville. L’objectif est clair : concilier développement urbain et préservation des équilibres écologiques. Nous avons renforcé les exigences de végétalisation dans les règles d’urbanisme, notamment dans les secteurs les plus denses, où le déficit d’espaces verts est le plus marqué. Nous consolidons également la trame verte et bleue pour préserver les corridors écologiques et limiter la fragmentation des milieux. Cette évolution du PLU répond à plusieurs enjeux : freiner l’érosion de la biodiversité, améliorer la qualité de l’air, lutter contre les îlots de chaleur et renforcer le confort urbain. Parallèlement, nous agissons très concrètement sur le terrain. Nous avons créé ou requalifié plusieurs espaces verts : le jardin Dolla, le Jardin des Plantes, le jardin Roure, le jardin de la Fontaine boulevard Schley, ou encore les aménagements paysagers des ronds points des 4 Chemins et des Chasseurs Alpins. L’extension du parc départemental de Roquevignon participe également à cette dynamique.

Dedumag.net : Comment se présente la politique en matière de réduction et de tri des déchets ? Avez-vous des résultats à nous communiquer en la matière ?

Jérôme Viaud : La réduction et le tri des déchets font partie des compétences majeures de l’Agglomération. Nous avons structuré notre action autour d’un Programme Local de Prévention des Déchets Ménagers et Assimilés, qui fixe des objectifs précis et organise notre feuille de route. Nous travaillons sur deux leviers : la réduction à la source et l’amélioration du tri. Cela passe par un travail de sensibilisation avec nos ambassadeurs du tri, par le développement du compostage individuel et collectif, et par l’introduction d’outils innovants. Nous utilisons par exemple l’intelligence artificielle sur un véhicule de collecte pour repérer les erreurs de tri. Nous avons également déployé la solution Cliiink pour encourager le tri du verre à travers un système incitatif. Les résultats sont mesurables. En dix ans, nous avons réduit de 13 % les ordures ménagères. Dans le même temps, le tri sélectif a progressé de 64 % et le tri du verre de 23 %. Ce sont des évolutions significatives. Elles montrent que la pédagogie, l’accompagnement et la constance finissent par produire des effets concrets.

Dedumag.net : Avez-vous au niveau de l’agglomération ou de la commune, développé des initiatives d’économie circulaire, de recyclage, ou de compostage collectif ?

Jérôme Viaud : Oui, et nous avançons de manière progressive mais En matière de compostage, nous avons aujourd’hui plus de 6 500 composteurs individuels installés sur le territoire, ainsi qu’une quinzaine de composteurs collectifs, notamment à proximité des cœurs de villages. Cette dynamique continue de s’amplifier, car la réduction des biodéchets est un levier important. Nous développons également la distribution de lombricomposteurs, particulièrement adaptés aux habitants en logement collectif, afin de permettre à chacun de s’inscrire dans cette démarche, quel que soit son cadre de vie. Nous travaillons également avec nos syndicats de traitement des déchets pour favoriser le retour au sol des déchets verts. Des partenariats sont développés avec des agriculteurs locaux afin de valoriser cette matière organique plutôt que de la considérer comme un simple déchet. L’économie circulaire, c’est aussi créer des boucles locales. Le dispositif Cliiink, par exemple, permet d’inciter au tri du verre tout en créant un système vertueux pour les habitants et les commerçants partenaires. Notre approche est simple : limiter le gaspillage, valoriser localement les ressources et transformer les déchets en matière utile. C’est une logique de bon sens, mais aussi une logique de résilience territoriale.

Dedumag.net : Votre territoire connait-il un problème de raréfaction et de qualité en matière de ressource en eau ? Si oui, comment gérez-vous cette situation ?

Jérôme Viaud : La gestion de l’eau potable sur le territoire du Pays de Grasse s’organise selon différents modes – régies, syndicats ou délégations de service public – en fonction des communes. Pour autant, les enjeux liés à la ressource sont pleinement partagés et traités de manière cohérente à l’échelle du territoire. Notre territoire bénéficie d’une situation relativement privilégiée : une grande partie de l’eau distribuée provient de sources situées dans le moyen et le haut pays, dans des zones préservées, à l’abri des pressions urbaines. Cette ressource est complétée par des unités de traitement performantes, qui garantissent une qualité constante. Pour autant, cette ressource reste fragile et directement impactée par le changement climatique. Les épisodes de sécheresse que nous avons connus en 2022 et 2023 ont rappelé la nécessité d’anticiper et de mieux gérer cette ressource. Face à cela, plusieurs leviers sont mobilisés. D’abord, la sobriété : chacun doit participer à l’effort collectif, qu’il s’agisse des particuliers, des collectivités ou des acteurs économiques. Ensuite, la performance des réseaux : des investissements réguliers sont réalisés pour renouveler les canalisations, déployer des capteurs et limiter les fuites. Par ailleurs, les schémas directeurs d’eau potable, en cours d’élaboration, permettent de structurer une stratégie à long terme pour réduire la vulnérabilité du territoire. Enfin, la solidarité entre territoires est essentielle. Le maillage des réseaux permet des échanges d’eau entre secteurs afin de sécuriser l’approvisionnement en période de tension. Notre responsabilité est claire : ne pas prélever au delà de ce que la ressource peut supporter. Préserver l’eau, c’est préserver l’équilibre de nos milieux naturels et de notre cadre de vie.

Dedumag.net : Quelle place donnez-vous à la participation citoyenne dans vos choix environnementaux ?

Jérôme Viaud : La participation citoyenne est importante, surtout lorsqu’il s’agit de projets qui transforment durablement le cadre de vie. Pour les grands projets structurants – comme le BHNS, le projet Martelly ou les aménagements des espaces publics – la concertation est un passage obligé. Elle permet d’ajuster les projets aux usages réels, d’anticiper les contraintes et d’intégrer pleinement les exigences environnementales dès la conception. Nous avons également engagé une démarche de gestion concertée du centre-ville, associant commerçants, habitants, agents territoriaux et partenaires. Les sujets abordés sont très concrets : valorisation des déchets, éclairage public, développement de la nature en ville. L’objectif est de co construire des solutions pragmatiques et adaptées. Cette dynamique s’appuie aussi sur le Conseil de développement du Pays de Grasse, instance de démocratie participative que nous avons souhaité relancer dès le début du mandat. Il permet d’associer des citoyens engagés, issus d’horizons divers, à la réflexion sur les grands enjeux du territoire, y compris environnementaux. Par leurs contributions, leurs analyses et leurs publications, ils apportent un regard complémentaire, à la fois libre et constructif, sur nos politiques publiques. Enfin, certaines démarches spécifiques, comme la Haute Qualité Environnementale portée par Grasse Parkings, ont donné lieu à des ateliers de concertation dédiés à la performance énergétique, à la qualité de vie et au respect de l’environnement, notamment avec les abonnés et les étudiants. La participation ne remplace pas la décision publique, mais elle l’éclaire. Elle permet de concevoir des projets plus justes, mieux compris et donc plus efficaces dans la durée.

Dedumag.net : Quel budget consacrez-vous aux politiques environnementales ? A-t-il évolué ?

Jérôme Viaud : Il est difficile d’isoler un “budget environnement” strict, car aujourd’hui l’environnement est intégré dans l’ensemble de nos politiques publiques. À l’échelle de la CAPG, en 2024, près de 80 % du budget total était fléché comme favorable ou neutre pour le climat. Cela montre que la transition écologique n’est pas un poste marginal, mais une grille de lecture budgétaire. Le budget d’investissement dédié à la transition énergétique continue d’évoluer. Nous faisons le choix d’investir pour réduire nos dépenses de fonctionnement à long terme : décarbonation, rénovation énergétique, production locale d’énergies renouvelables. Ce sont des investissements qui sécurisent nos finances face à la volatilité des prix de l’énergie. À l’échelle de la Ville de Grasse, la progression est constante car les critères environnementaux sont intégrés dans chaque projet. Entre 2020 et 2026, nous avons consacré plus de 2,5 millions d’euros à la modernisation complète de l’éclairage public, avec un objectif de 100 % LED. Nous avons également investi près de 2 millions d’euros dans la modernisation des installations thermiques de nos bâtiments. Ces choix traduisent une ligne claire : investir aujourd’hui pour maîtriser nos charges demain, tout en améliorant la performance environnementale de notre patrimoine.

Dedumag.net : Travaillez-vous à collaborer avec des associations environnementales, des établissements de recherche ou d’autres collectivités ?

Jérôme Viaud : Oui, et c’est indispensable. La transition écologique ne se conduit pas seule. À Grasse et au Pays de Grasse, nous travaillons avec trois types de partenaires : le monde associatif, la recherche, et les autres collectivités. D’abord, les associations environnementales jouent un rôle essentiel de sensibilisation et d’éducation. Nous travaillons notamment avec Planètes Sciences Méditerranée, qui intervient auprès des scolaires et du grand public à travers des projets pédagogiques et des animations. La CAPG soutient également des structures comme la LPO ou le Conservatoire d’Espaces Naturels PACA, qui contribuent directement à la préservation de la biodiversité. Nous accompagnons aussi le centre de soins de la faune sauvage, qui joue un rôle clé dans la prise en charge et la protection des espèces en difficulté sur notre territoire. Ensuite, la recherche et l’innovation sont des leviers majeurs. Avec ACRI-ST, nous avons installé deux microstations météo afin d’analyser les températures et cartographier les îlots de chaleur urbains grâce à l’imagerie satellite, dans le cadre du projet Fresh Space. Nous avons également signé une convention tripartite entre la CAPG, l’ECAM-EPMI et SUEZ pour lancer une thèse CIFRE consacrée à la réutilisation des eaux usées traitées. Cette collaboration entre recherche académique et acteurs économiques permet d’apporter des solutions concrètes adaptées à notre territoire. Enfin, nous travaillons en coopération avec d’autres collectivités. Sur la performance énergétique, un groupement de communes de l’Ouest 06 s’est constitué pour mutualiser les expériences et accéder à des financements. À l’échelle de CAP AZUR, nous avançons ensemble sur le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques et sur le Plan Climat. Nous intervenons également via les syndicats spécialisés comme le SIEF, le SMIAGE ou le SMED. Cette coopération à plusieurs niveaux renforce la cohérence et l’efficacité de notre action. L’environnement est un sujet transversal : il suppose de croiser les compétences, les expertises et les territoires

Dedumag.net : En se situant sur les plans techniques, financiers, politiques, adhésions des populations et autres, quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ou rencontrez dans la mise en œuvre de votre politique environnementale ? Selon la difficulté, comment l’avez-vous résolue ou la résolvez-vous ?

Jérôme Viaud : Mettre en œuvre une politique environnementale ambitieuse n’est jamais simple. Les difficultés existent, à plusieurs niveaux. Sur le plan technique, les solutions sont souvent connues, mais leur application peut être complexe. C’est particulièrement vrai sur des bâtiments patrimoniaux, où les contraintes architecturales limitent certaines interventions. Nous avançons avec méthode, en adaptant les solutions et en assurant un suivi rigoureux des chantiers. Cette exigence permet aussi à nos équipes de monter en compétence et de renforcer leur expertise. Sur le plan financier, les investissements sont importants, d’autant plus dans un contexte d’inflation sur les matériaux et la main-d’œuvre. Nous avons donc structuré une stratégie de financement : mobilisation de subventions, recours à des dispositifs comme l’Intracting, qui permet de financer les travaux grâce aux économies d’énergie générées, et valorisation des Certificats d’Économies d’Énergie. L’objectif est clair : investir sans fragiliser l’équilibre budgétaire. Sur le plan politique, il faut aussi composer avec des injonctions parfois contradictoires. Nous devons par exemple répondre aux objectifs de production de logements, notamment dans le cadre de la loi SRU, tout en réduisant fortement la consommation foncière et l’artificialisation des sols. Ces équilibres sont exigeants et nécessitent des arbitrages fins, au cas par cas. Plus largement, il faut assumer des choix. On ne peut pas tout faire en même temps. La clé est de combiner les objectifs. Rénover l’éclairage d’un stade, ce n’est pas seulement un choix énergétique : c’est aussi un soutien aux clubs et aux usagers. Moderniser les écoles améliore à la fois la performance énergétique et les conditions d’apprentissage. Investir dans un bus à haut niveau de service, c’est agir pour le climat et pour le pouvoir d’achat. Enfin, l’adhésion de la population est essentielle. La transition suppose des changements d’habitudes. Cela demande de la pédagogie, de la constance et des résultats visibles. La difficulté principale, au fond, est de tenir la trajectoire dans la durée. C’est ce que nous faisons depuis 2014 : avancer de manière progressive, structurée et cohérente.
(Interview suite et fin…)

Eric Loukou

journaliste environnement et développement durable Directeur de publication
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  • Dernière modification de la publication :10 avril 2026
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