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‘’Je crois à une écologie pragmatique, adaptée ànotre territoire’’.

Grasse, c’est la ville française des parfums, mais aussi une ville qui prend soin de son environnement, avec plusieurs initiatives pour préserver la nature et lutter contre le réchauffement climatique. A la tête de la Commune mais aussi de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse (CAPG) depuis 2014, un homme : Jérôme VIAUD qui a fait de sa personne, une opportunité de bien-être et du vivre-ensemble. Adulé, ses administrés et concitoyens lui renouvèlent leur confiance en 2020, puis en 2026 lors des dernières élections municipales où il est élu au premier tour. Très engagé dans la transformation de la ville de Grasse et de la Communauté d’Agglomération, découvrons
les politiques environnementales de l’homme.

Dedumag.net : Bonjour Monsieur Jérôme VIAUD, Pourriez-vous nous présenter brièvement votre agglomération le Pays de Grasse et ses principales caractéristiques à
savoir : le nombre de communes, la population, la superficie ainsi que le contexte géographique et environnemental ?

Jérôme Viaud : La Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse regroupe 23 communes et compte un peu plus de 100 000 habitants et s’étend sur près de 490 km².
Notre territoire s’étend des zones urbaines du moyen pays jusqu’aux communes rurales et de montagne du haut pays. Cette diversité géographique constitue à la fois une richesse et une responsabilité. Nous avons des secteurs densément urbanisés, mais aussi de vastes
espaces naturels, forestiers et agricoles qui structurent notre identité. Le Pays de Grasse se situe entre le littoral azuréen et les premiers reliefs alpins. Cette position crée un territoire
contrasté, marqué par des enjeux environnementaux forts : gestion de la ressource en eau, prévention des risques naturels, préservation des espaces agricoles et forestiers, adaptation aux épisodes de chaleur. C’est un territoire à la fois dynamique sur le plan économique — notamment autour de la filière arômes, parfums et cosmétiques — et attentif à la qualité de son cadre de vie. Notre rôle, à l’échelle intercommunale, est de maintenir cet équilibre entre développement, attractivité et préservation de nos ressources naturelles.

Dedumag.net : Vous êtes également le Maire de la Commune de Grasse, je me permets de poser la même question que la précédente, mais sur la commune, nous la présenter : la population, la superficie ainsi que le contexte géographique et environnemental ?

Jérôme Viaud : Située dans les Alpes-Maritimes, en région Provence Alpes-Côte d’Azur,
positionnement Grasse géographique bénéficie d’un particulièrement stratégique, entre la Méditerranée et les premiers contreforts des Préalpes. Nous sommes à une vingtaine de kilomètres de Cannes et à proximité immédiate de Nice, au cœur de l’arrière-pays azuréen. La commune s’étend sur environ 44 km². C’est un territoire vaste et contrasté, qui mêle un centre historique dense, des quartiers urbains, des espaces naturels remarquables et des zones agricoles encore actives. Cette diversité façonne notre identité et contribue fortement à l’équilibre du territoire. Grasse compte près de 52 000 habitants. Nous sommes sous-préfecture des Alpes-Maritimes, avec la présence d’un tribunal judiciaire et d’une maison d’arrêt, ce qui confirme notre rôle structurant à l’échelle de l’Ouest du département. Reconnue mondialement comme la capitale internationale du parfum, Grasse conjugue patrimoine, activité économique dynamique et cadre de vie attractif. C’est cette combinaison qui fait sa singularité et sa force.

Dedumag.net : Depuis combien de temps êtes-vous à la tête de la Mairie de Grasse et du Pays de Grasse en qualité de Président ? Et comment décrivez-vous votre stratégie globale en matière d’environnement pour votre territoire ?

Jérôme Viaud :
Je suis Maire de Grasse et Président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse depuis 2014. Depuis le début de mon mandat, j’ai souhaité que les enjeux environnementaux ne soient jamais traités à part, mais pleinement intégrés à l’ensemble de nos orientations budgétaires et de nos projets. Notre stratégie est d’abord une stratégie de responsabilité et d’anticipation.
Le Pays de Grasse est un territoire exposé : fortes chaleurs, sécheresses, tensions sur la ressource en eau, risques naturels.

Nous devons agir en conséquence. L’enjeu n’est pas simplement de réagir, mais de préparer durablement notre territoire. Cette stratégie repose sur quatre axes. D’abord, l’adaptation : mieux gérer l’eau, préserver les sols, lutter contre les îlots de chaleur, protéger la biodiversité et concevoir des aménagements plus résilients. Ensuite, la réduction de notre impact : nous avons fixé une trajectoire claire en matière de baisse des émissions
de gaz à effet de serre, de maîtrise des consommations énergétiques et de développement des énergies renouvelables. Chaque politique publique doit contribuer à cet objectif. Le troisième axe concerne la sensibilisation. Nous menons de nombreuses actions d’éducation à
l’environnement et au développement durable, auprès des jeunes comme du grand public, pour faire évoluer les comportements et rendre chacun acteur de la transition. Enfin, la c ohérence : l’environnement traverse toutes nos décisions. Mobilités, habitat, aménagement, développement économique, agriculture… chaquechoix est analysé au regard de son impact
environnemental. Je crois à une écologie pragmatique, adaptée à notre territoire. Une écologie qui protège, qui prépare l’avenir, et qui reste compatible avec l’équilibre économique et social de notre bassin de vie.

Dedumag.net : Comment associez-vous les communes du Pays de Grasse à l’élaboration et à la mise en œuvre de votre politique environnementale ?

Jérôme Viaud : La politique environnementale du Pays de Grasse est une politique collective. Elle se construit dans nos instances : commissions thématiques, bureau communautaire, conseils communautaires. Les maires et les élus sont pleinement associés aux orientations. La vice-présidence en charge de l’environnement assure l’animation et la coordination, mais les décisions sont débattues et partagées. Nous disposons également d’un service dédié à l’environnement et au développement durable ainsi que d’un service dédié à l’énergie. Cela permet d’avoir une ingénierie interne structurée, capable d’accompagner
techniquement les communes sur tous ces sujets. Le PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial), qui est notre feuille de route pour lutter contre le changement climatique, améliorer la qualité de l’air et maîtriser nos consommations d’énergie, est un bon exemple de ce travail commun. Il ne s’agit pas d’un document élaboré par l’administration puis présenté aux communes ; il est le fruit d’échanges politiques et techniques réguliers.
Nous avons également engagé un Plan Intercommunal pour la Biodiversité, qui constitue un cadre partagé pour préserver et restaurer les milieux naturels à l’échelle du territoire. Ce plan permet de coordonner les actions des communes, de valoriser les initiatives locales et
d’apporter un appui technique sur des enjeux très concrets, comme la protection des espèces, la gestion des espaces naturels ou l’intégration de la biodiversité dans les projets d’aménagement. Une fois les orientations validées, les services de la CAPG accompagnent les communes dans la mise en œuvre : ingénierie, recherche de financements, mutualisation d’outils. C’est un travail permanent de dialogue.

Dedumag.net : Avec les réalités et contraintes propres à chaque commune, comment articulez-vous les objectifs entre l’agglomération et les communes ?

Jérôme Viaud: Nous fixons un cap commun, mais nous n’appliquons pas un modèle uniforme. Le Pays de Grasse est un territoire très contrasté. Les enjeux d’une commune du haut pays ne sont pas ceux d’un centre urbain. L’Agglomération définit une trajectoire – en matière de climat, d’énergie, d’adaptation – mais chaque commune décline ces objectifs en fonction de sa réalité. Notre rôle n’est pas de substituer l’échelon communal. Il est de garantir la cohérence d’ensemble : éviter les contradictions, mutualiser lorsque c’est pertinent, soutenir techniquement et financièrement. L’équilibre est là : une ambition commune, mais une mise en œuvre différenciée. C’est ce qui permet d’être à la fois cohérent et efficace.

Dedumag.net : Quels sont les principaux enjeux environnementaux auxquels le Pays de Grasse doit faire face ?

Jérôme Viaud : Le premier enjeu, incontestablement, c’est l’adaptation au changement climatique. Le Pays de Grasse est déjà fortement impacté : épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses, alternance entre sécheresses prolongées et épisodes pluvieux violents, tension sur la ressource en eau, risques d’incendie accrus. Nous devons adapter nos
aménagements, protéger nos milieux naturels et renforcer la résilience de nos infrastructures.
notre Le deuxième enjeu concerne l’énergie. Nous devons réduire dépendance et maîtriser nos consommations. Notre territoire dispose d’un potentiel important en matière de photovoltaïque et de chaleur renouvelable. Il faut s’appuyer sur ces ressources pour
produire localement une part croissante de notre énergie, de manière durable et avec une meilleure stabilité des coûts sur le long terme. Troisième enjeu : la préservation de nos espaces naturels et agricoles. Le Pays de Grasse est un territoire à forte valeur paysagère et écologique. La pression foncière, l’artificialisation des sols et l’érosion de la biodiversité
sont des sujets réels. Nous devons concilier développement et protection. Enfin, il y a l’enjeu de la décarbonation de notre économie, notamment industrielle. Notre bassin d’activité est dynamique. L’objectif n’est pas de freiner le développement, mais de l’accompagner vers des modèles plus sobres, plus efficaces et plus responsables. En résumé, nos défis sont clairs : s’adapter, réduire notre impact, préserver nos ressources et accompagner la transformation du territoire sans renoncer à son dynamisme.

Dedumag.net: Vous évoquiez précédemment un plan climat-air énergie territorial (PCAET). Quels en sont les objectifs prioritaires et les échéances ?

Jérôme Viaud : Comme je l’évoquais précédemment. La Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse
a approuvé son PCAET 2024-2029 en conseil communautaire le 20 juin 2024. Son élaboration a fortement mobilisé les élus, les services et nos partenaires. Nous avons fait un choix clair : construire la stratégie en même temps que le plan d’actions. L’objectif était d’éviter un document théorique et de nous concentrer sur la mise en œuvre concrète, avec des engagements cohérents avec nos moyens. À l’horizon 2030, nous avons fixé une trajectoire Atteindre 32 % d’énergies renouvelables dans notre consommation finale brute.
Ce sont des objectifs exigeants, mais réalistes. Plus largement, la transition écologique est
désormais intégrée à l’ensemble de nos politiques publiques, à l’échelle intercommunale comme communale. Chaque décision est analysée à l’aune de son impact environnemental. Nous assumons une approche pragmatique : une écologie du réel, fondée sur des actions concrètes, mesurables, et adaptées aux spécificités de notre territoire.

Précise : Réduire de 41 % nos émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2012
Diminuer de 23 % nos consommations énergétiques ; Atteindre 32 % d’énergies renouvelables dans notre consommation finale brute. Ce sont des objectifs exigeants, mais réalistes. Plus largement, la transition écologique est désormais intégrée à l’ensemble de nos politiques publiques, à l’échelle intercommunale comme communale. Chaque décision est analysée à l’aune de son impact environnemental. Nous assumons une approche pragmatique : une écologie du réel, fondée sur des actions concrètes, mesurables, et adaptées aux spécificités de notre territoire.

Dedumag.net: Quelle place occupe la transition écologique dans votre programme environnemental pour le Pays de Grasse et pour votre commune ?

Jérôme Viaud : La transition écologique est une ligne directrice de nos politiques publiques. À l’échelle de l’Agglomération comme à celle de la Ville de Grasse, elle structure nos choix d’investissement et nos priorités budgétaires. Nous arbitrons désormais les projets en intégrant systématiquement leur impact énergétique, climatique et environnemental. Cela concerne les mobilités, l’aménagement, l’habitat, la gestion de l’eau, la politique énergétique, mais aussi le développement économique. Nous ne raisonnons plus projet par projet, nous raisonnons trajectoire. Concrètement, cela signifie investir dans la rénovation énergétique plutôt que subir les coûts de fonctionnement, développer les énergies renouvelables pour sécuriser nos dépenses à long terme, limiter l’artificialisation des sols, préserver le foncier agricole, accompagner nos entreprises dans leur décarbonation. Je crois à une transition écologique concrète, adaptée aux réalités de notre territoire. Elle doit protéger, préparer l’avenir et rester compatible avec le développement économique et la cohésion sociale. C’est un choix politique clair : faire de l’environnement un facteur d’équilibre et de responsabilité, pas une contrainte.

Dedumag.net: Avez-vous développé des partenariats avec les acteurs économiques et agricoles de l’agglomération pour accompagner leur transition écologique ? Si oui, comment se présentent ces partenariats ?

Jérôme Viaud: Oui, et c’est même un axe majeur de notre action. Nous avons fait le choix de ne pas opposer transition écologique et développement économique. Au contraire, nous considérons que la transition est un facteur de compétitivité et de résilience pour notre territoire. Notre action repose sur deux grands piliers.
1 ️ ⃣ La transition agricole et alimentaire Le premier pilier concerne l’agriculture, qui fait partie de l’identité du Pays de Grasse, notamment à travers les savoir-faire liés au parfum reconnus par l’UNESCO. Nous soutenons activement la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM). La CAPG accompagne les Fleurs d’Exception du Pays de Grasse, dont les producteurs sont engagés en agriculture biologique. Cet accompagnement est concret : la CAPG apporte un soutien structurel, avec notamment la mise à disposition de locaux à InnovaGrasse, une subvention de fonctionnement, ainsi qu’un partenariat de recherche avec l’INRAE, en particulier sur la lutte intégrée. Entre 2010 et 2020, les surfaces cultivées en PPAM sur le territoire ont doublé. Cela montre que cette politique porte ses fruits. À travers le Projet Alimentaire Territorial, nous travaillons avec Agribio 06, nous agissons sur le foncier agricole communautaire avec des baux intégrant des clauses environnementales, et nous développons des projets conciliant agriculture et biodiversité, comme sur le site de l’Archidiaque à La Roquette-sur-Grasse. Nous développons également des partenariats innovants : avec ACRI-ST pour l’adaptation des cultures au changement climatique, avec l’OUGC Artuby-Verdon pour la gestion de l’eau brute, avec la Manufacture Paysanne pour l’autonomie des exploitations, et bientôt avec l’ECAM-EPMI pour l’autonomie énergétique des fermes. L’objectif est clair : préserver notre agriculture tout en l’accompagnant vers des modèles plus résilients.
2 ️ ⃣ La transition du tissu économique et industriel Le second pilier concerne notre économie productive. À travers notre service Développement économique et le dispositif Grasse Entreprises, la CAPG agit comme facilitateur territorial. Dans le cadre du programme Territoires d’Industrie :
• 23 entreprises ont été accompagnées via le Fonds Vert pour la transition écologique, • Plusieurs projets industriels ont été soutenus,
• Des revues de projets ont été conduites avec la Task Force Sud Industrie. Nous accompagnons les entreprises sur la transition énergétique (dispositif CAP’THER, Région Sud Développement), sur l’écologie industrielle avec le projet Symbiose porté par les entreprises des Bois de Grasse, sur la gestion des déchets avec le programme RESSORCE, et sur la sobriété en eau avec des démarches de réutilisation des eaux usées traitées. Nous relayons également les dispositifs nationaux structurants : Communauté du Coq Vert, Sobr’Industrie, Accélérateur Économie Circulaire, Mission Carb 0. Notre rôle n’est pas de nous substituer aux entreprises. Il est de créer un écosystème favorable, d’informer, de mettre en réseau, de faciliter l’accès aux dispositifs et d’accompagner les investissements.
(Interview à suivre…)

Eric Loukou

journaliste environnement et développement durable Directeur de publication

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