‘’Je crois à une écologie pragmatique, adaptée ànotre territoire’’. (Partie 2)
Grasse, c’est la ville française des parfums, mais aussi une ville qui prend soin de son environnement, avec plusieurs initiatives pour préserver la nature et lutter contre le réchauffement climatique. A la tête de la Commune mais aussi de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse (CAPG) depuis 2014, un homme : Jérôme VIAUD qui a fait de sa personne, une opportunité de bien-être et du vivre-ensemble. Adulé, ses administrés et concitoyens lui renouvèlent leur confiance en 2020, puis en 2026 lors des dernières élections municipales où il est élu au premier tour. Très engagé dans la transformation de la ville de Grasse et de la Communauté d’Agglomération, environnementales de l’homme.
Dedumag.net: Quelles actions avez-vous menées ou menez-vous pour la rénovation énergétique des édifices publics et privés mais aussi des foyers au niveau du Pays des Grasse ? Avez-vous obtenu des résultats ? Si oui, lesquels ?
J.V. : Nous avons choisi d’agir d’abord sur notre propre patrimoine public. À l’échelle de la CAPG Depuis 2021, nous avons mis en place un Marché Global de Performance Énergétique sur 23 bâtiments intercommunaux. L’objectif est clair : garantir une performance durable de nos installations et atteindre une baisse de 12,5 % de nos consommations d’ici 2029. Ce dispositif s’inscrit dans la continuité d’un premier contrat de performance énergétique qui avait déjà permis 25 % d’économies sur une dizaine de bâtiments. Nous sommes donc dans une trajectoire progressive et structurée. À l’échelle de la Ville de Grasse – bâtiments publics La Ville de Grasse a engagé la même logique. Un marché global de performance énergétique a été lancé en 2021. Il concerne près de 80 bâtiments communaux, dont l’ensemble des écoles, avec un objectif supplémentaire de 10 % d’économies d’énergie. Ce chiffre peut sembler mesuré, mais il intervient après un premier contrat qui avait déjà permis 25 % d’économies. Nous consolidons donc des résultats déjà significatifs. Lors de rénovations lourdes, comme la réhabilitation du Palais de Justice, nous inscrivons les travaux dans une démarche Bâtiment Durable Méditerranéen. Cela garantit un haut niveau d’exigence énergétique tout en respectant le patrimoine. Le recours à des matériaux biosourcés issus d’une filière locale illustre cette volonté de concilier héritage architectural et innovation environnementale. Habitat privé – CAPG La transition énergétique concerne aussi les habitants. La CAPG a lancé le Service Public de la Rénovation de l’Habitat. Ce dispositif, porté avec l’État, la Région, le Département et les communes, vise à lutter contre la précarité énergétique, à rénover un parc ancien et à adapter les logements aux besoins des personnes âgées ou en situation de handicap. L’objectif est simple : simplifier l’accès aux aides et sécuriser les parcours grâce à un guichet unique et un accompagnement personnalisé. Habitat privé – Ville de Grasse À Grasse, nous avons prolongé l’Opération Façades jusqu’en 2031. Nous avons introduit une avancée importante : les enduits correcteurs thermiques biosourcés, comme le chaux-liège et le chaux-chanvre, validés par l’Architecte des Bâtiments de France et l’ANAH. Cela permet d’améliorer l’isolation dans le centre ancien classé, où les isolations extérieures sont interdites. Depuis septembre 2025, la Ville complète ce dispositif par une aide financière spécifique pour encourager ces solutions respectueuses du patrimoine.
Dedumag.net: Avez-vous développé des projets d’énergies renouvelables tels que le solaire, l’éolien, la
géothermie et autres ? Si oui, lesquels et avec quels partenaires ?
J.V. : Nous avons engagé une stratégie progressive mais déterminée en matière d’énergies renouvelables, avec un principe simple : produire localement, consommer localement, et sécuriser nos coûts à long terme. À l’échelle de la CAPG Aujourd’hui, la CAPG dispose déjà de trois installations photovoltaïques en toiture, sur deux bâtiments administratifs et sur l’Espace Culturel et Sportif de la Vallée de la Siagne. Début 2026, nous franchissons une nouvelle étape avec la solarisation de l’ombrière du parking du Pôle d’Échanges Multimodal de Grasse. Cette installation représentera une puissance de 355 kWc. L’électricité produite alimentera les bus électriques ainsi qu’une dizaine de bâtiments intercommunaux, via une boucle d’autoconsommation collective. Nous entrons donc dans une logique plus intégrée : production locale, mobilité décarbonée et mutualisation de l’énergie. Par ailleurs, dès 2019, l’Espace Culturel de Valderoure a été équipé d’une installation géothermique par sondes de surface, illustrant notre volonté de diversifier les sources d’énergie renouvelable. À l’échelle de la Ville de Grasse La Ville agit dans la même dynamique. Depuis 2014, nous avons installé des panneaux solaires thermiques dans les stades et les centres accueillant du public afin de produire de l’eau chaude sanitaire. En 2025, nous avons inauguré la solarisation du site sportif de la Paoute : 2 400 m² de panneaux photovoltaïques sur les terrains de padel, pour une production annuelle estimée à 630 000 kWh, soit l’équivalent de la consommation d’environ 250 foyers. Ce projet, porté par SUN ENERGY 06 dans le cadre du GREEN Deal 06 du Département, intègre une boucle locale d’autoconsommation collective. En 2026, le parking de l’aire de covoiturage du stade Jean Girard sera à son tour équipé de deux ombrières solaires, représentant près de 200 kWc de puissance installée. L’électricité produite alimentera les bâtiments communaux. Là encore, l’objectif est double : réduire notre empreinte carbone et sécuriser une partie du coût de l’électricité dans un contexte de forte volatilité des prix. Une stratégie territoriale cohérente Le potentiel de développement des énergies renouvelables n’est pas uniforme sur notre territoire. Le photovoltaïque reste aujourd’hui la filière la plus adaptée, notamment en toiture, sur les ombrières de parking et sur les friches industrielles. Nous privilégions donc l’utilisation du foncier déjà artificialisé plutôt que la consommation d’espaces naturels ou agricoles. Dans le cadre de la loi APER de 2023, nous travaillons avec les communes à l’identification des zones d’accélération des énergies renouvelables. Cette planification permet d’anticiper, d’encadrer et d’accélérer les projets, tout en tenant compte des spécificités locales et des enjeux paysagers. Notre ligne est claire : développer les énergies renouvelables de manière maîtrisée, cohérente avec notre territoire, et au service de l’intérêt général.
Dedumag.net: Parlez-nous de biodiversité et dites si des actions concrètes sont menées pour sa préservation au niveau de l’agglomération ou si la préservation est du ressort de chaque commune ?
J.V. : Le Pays de Grasse bénéficie d’une biodiversité exceptionnelle, avec des espèces rares, parfois uniques au monde, comme l’Erodium de Rodié à Saint-Vallier de-Thiey. Sa préservation ne relève pas uniquement des communes : c’est un enjeu partagé, que nous portons collectivement à l’échelle intercommunale. C’est pourquoi la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse a adopté un Plan Intercommunal pour la Biodiversité pour la période 2026-2031. Cette feuille de route commune aux 23 communes du territoire vise à structurer notre action et à apporter une réponse cohérente face aux pressions qui s’exercent sur les milieux naturels et les paysages. Concrètement, cela se traduit par des actions très opérationnelles :
• La lutte contre les espèces exotiques envahissantes, comme le frelon asiatique,
• La réduction de la pollution lumineuse, avec l’obtention du label « Villes et Villages Étoilés » en 2025, • Ou encore des programmes d’inventaire et de protection d’espèces, comme les hirondelles, pour enrayer leur déclin. Cette dynamique s’inscrit dans une action engagée de longue date. La CAPG a été la première intercommunalité en France à s’engager, dès 2018, dans un Contrat de Transition Écologique avec l’État axé sur la biodiversité. Cela nous a permis d’impulser et de soutenir de nombreux projets concrets : la création du centre de soins de la faune sauvage à Saint-Cézaire sur-Siagne, le développement d’outils pédagogiques comme un « escape game » dédié à la biodiversité dans les écoles…
Cette approche se prolonge également à travers notre Projet Alimentaire Territorial du Pays de Grasse, qui contribue à préserver les équilibres agricoles, les paysages et la biodiversité locale. L’intercommunalité joue un rôle de pilotage, de coordination et d’appui technique, tandis que les communes assurent la mise en œuvre sur le terrain, au plus près des réalités locales. C’est cette articulation entre stratégie intercommunale et action communale qui nous permet d’agir efficacement pour préserver ce patrimoine naturel, qui fait aussi l’identité et l’attractivité de notre territoire.
Dedumag.net : Existe-t-il des objectifs chiffrés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de développement des énergies renouvelables, ou de préservation de la biodiversité au niveau de l’agglomération ? Si oui, lesquels
J.V. : Oui, ces objectifs sont définis dans le cadre de notre Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET), qui fixe une trajectoire chiffrée en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de maîtrise des consommations énergétiques et de développement des énergies renouvelables. En matière de biodiversité, l’approche est différente. Nous ne sommes pas sur des objectifs strictement chiffrés, comme la reconquête d’un nombre défini d’hectares, mais sur une stratégie globale et opérationnelle. Le Plan Intercommunal pour la Biodiversité constitue à ce titre notre feuille de route. Il comprend un plan d’actions structuré, qui articule à la fois la continuité des actions déjà engagées et de nouvelles actions à déployer. Au total, 51 actions sont identifiées, dont 24 nouvelles à mettre en œuvre à partir de 2026. L’objectif est de déployer l’ensemble de ces actions sur les cinq prochaines années afin de réduire concrètement les pressions qui s’exercent sur notre patrimoine naturel.
Dedumag.net : Comment se présente le système de mobilité sur votre territoire au niveau de l’agglomération et au niveau de la commune de Grasse ?
J.V. : Le système de mobilité sur le territoire du Pays de Grasse repose sur une organisation structurée, pensée à l’échelle intercommunale, en articulation étroite avec la Ville de Grasse. La politique de mobilité est encadrée par le Plan de Déplacements Urbains (PDU) 2017-2027, qui fixe un cap clair : faciliter les déplacements du quotidien tout en développant des alternatives à la voiture individuelle. Au cœur de ce dispositif, le Pôle d’Échanges Multimodal (PEM) de Grasse constitue un point névralgique. Situé en connexion directe avec la gare SNCF et la gare routière, il permet l’interconnexion entre les réseaux urbain (Sillages), interurbain (ZOU !) et ferroviaire (TER). Il intègre également un parc-relais de 220 places, gratuit pour les usagers des transports en commun, favorisant l’intermodalité. Ce site accueille aussi la Maison de la Mobilité, qui centralise l’information, la vente de titres de transport et propose des services complémentaires : location de vélos électriques, solutions de mobilité douce et équipements dédiés aux cyclistes. Le réseau de transport en commun Sillages a été profondément restructuré dans le cadre de la délégation de service public 2023-2032. Il s’appuie aujourd’hui sur :
▪ Un réseau scolaire structuré de 35 lignes,
▪ Un réseau urbain de 15 lignes renforcé, avec notamment la ligne Centifolia, très fréquentée, reliant la gare au centre-ville avec une forte amplitude horaire,
▪ Une amélioration des fréquences et des correspondances avec les réseaux régionaux,
▪ Et un maillage de proximité permettant de mieux desservir les quartiers. Cette organisation est appelée à monter en puissance avec le projet structurant de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) entre Grasse et Mouans-Sartoux. Ce corridor de 8 km, 100 % électrique, offrira à terme un service cadencé, rapide et fiable, avec des aménagements dédiés et une intégration des mobilités actives. Parallèlement, la Communauté d’Agglomération développe des solutions complémentaires pour accompagner les évolutions des usages :
• Le soutien actif au covoiturage du quotidien, avec des résultats en forte progression,
• Le déploiement d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques
• Et le développement des mobilités douces, notamment cyclables et piétonnes.
L’ensemble de cette stratégie vise à proposer une offre de mobilité plus lisible, plus accessible et plus durable, adaptée aux besoins des habitants comme aux enjeux de transition écologique du territoire.
Dedumag.net : Avez-vous mis en place des mesures concrètes pour favoriser le vélo et la marche au niveau de l’agglo et au niveau de votre commune ?
J.V. : Le développement de la pratique cyclable constitue un axe stratégique majeur de la politique de mobilité de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse (CAPG), en sa qualité d’autorité organisatrice de la mobilité (AOM).
L’essor du vélo à assistance électrique (VAE) a permis de rendre la pratique cyclable accessible à un public élargi, en réduisant l’effort physique et les temps de parcours. Toutefois, plusieurs freins subsistent : • Un déficit d’aménagements cyclables adaptés ;
• Un coût d’acquisition élevé des VAE ;
• Des habitudes de déplacement encore fortement ancrées ;
• Des contraintes liées à l’entretien, au stationnement et à la sécurisation du vélo. Pour répondre à ces enjeux, la CAPG a approuvé un Schéma Directeur Cyclable en 2018 puis a progressivement structuré une offre publique de services cyclables. Lancé en 2018, le service La Bicyclette propose une location longue durée de VAE, à des tarifs attractifs (32 €/mois ou 84 €/trimestre), permettant aux habitants d’expérimenter l’usage du vélo sur une période suffisante pour favoriser un changement durable de pratiques. Initialement dotée d’une vingtaine de vélos, la flotte n’a cessé de croître, témoignant d’un intérêt marqué des usagers. En 2025, elle atteint 98 VAE (120 en 2026), dont un vélo cargo, avec un taux d’occupation élevé. Depuis 2024, la CAPG complète cette offre avec un service de location courte durée en libre-service, les Solexyclettes, accessible au tarif de 1 € la demi-heure. Ce dispositif comprend aujourd’hui :
• 6 stations implantées à Grasse, Mouans-Sartoux et Peymeinade ;
• Une flotte d’environ 30 VAE. Trois nouvelles stations seront déployées en 2026 afin de renforcer le maillage territorial.
Ce service répond à des usages distincts de La Bicyclette — déplacements ponctuels, intermodalité, essais spontanés — et contribue à renforcer la visibilité de la politique cyclable de la CAPG. En parallèle, la CAPG déploie depuis 2019 des stationnements vélos sécurisés, « les boxyclettes », afin de lever un frein majeur à la pratique : la sécurisation du vélo dans l’espace public et à proximité des pôles générateurs de déplacements. Ces équipements favorisent la fidélisation des usagers et l’ancrage durable de la pratique cyclable. Enfin, sur le volet des déplacements à pied, les résultats de l’enquête mobilité 2023 sont particulièrement encourageants : 21 % des déplacements sont réalisés à pied (16% en 2009). Dans cette dynamique, la CAPG s’est associée à la Ville de Grasse pour engager une le refonte de la signalétique piétonne entre la gare SNCF et centre-ville, afin d’améliorer la lisibilité et l’attractivité des cheminements.
(Interview à suivre…)
