‘’Je crois à une écologie pragmatique, adaptée à notreterritoire’’.
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Jérôme VIAUD, Maire de Grasse et Président de la CAPG :
‘’Je crois à une écologie pragmatique, adaptée à notre
territoire’’.
Grasse, c’est la ville française des parfums, mais aussi une ville qui prend soin de
son environnement, avec plusieurs initiatives pour préserver la nature et lutter
contre le réchauffement climatique. A la tête de la Commune mais aussi de la
Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse (CAPG) depuis 2014, un
homme : Jérôme VIAUD qui a fait de sa personne, une opportunité de bien-être
et du vivre-ensemble. Adulé, ses administrés et concitoyens lui renouvèlent leur
confiance en 2020, puis en 2026 lors des dernières élections municipales où il
est élu au premier tour. Très engagé dans la transformation de la ville de Grasse
et de la Communauté d’Agglomération, découvrons les politiques
environnementales de l’homme.
Dedumag.net : Bonjour Monsieur Jérôme VIAUD, Pourriez-vous nous
présenter brièvement votre agglomération le Pays de
Grasse et ses principales caractéristiques à savoir : le
nombre de communes, la population, la superficie ainsi
que le contexte géographique et environnemental ?
La ville de Grasse
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Jérôme Viaud : La Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse
regroupe 23 communes et compte un peu plus de 100 000
habitants et s’étend sur près de 490 km².
Notre territoire s’étend des zones urbaines du moyen pays
jusqu’aux communes rurales et de montagne du haut pays.
Cette diversité géographique constitue à la fois une richesse
et une responsabilité. Nous avons des secteurs densément
urbanisés, mais aussi de vastes espaces naturels, forestiers et
agricoles qui structurent notre identité.
Le Pays de Grasse se situe entre le littoral azuréen et les
premiers reliefs alpins. Cette position crée un territoire
contrasté, marqué par des enjeux environnementaux forts :
gestion de la ressource en eau, prévention des risques
naturels, préservation des espaces agricoles et forestiers,
adaptation aux épisodes de chaleur.
C’est un territoire à la fois dynamique sur le plan économique
— notamment autour de la filière arômes, parfums et
cosmétiques — et attentif à la qualité de son cadre de vie.
Notre rôle, à l’échelle intercommunale, est de maintenir cet
équilibre entre développement, attractivité et préservation de
nos ressources naturelles.
Dmag : Vous êtes également le Maire de la Commune de Grasse, je
me permets de poser la même question que la précédente,
mais sur la commune, nous la présenter : la population, la
superficie ainsi que le contexte géographique et
environnemental ?
J.V : Située dans les Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-
Côte d’Azur, Grasse bénéficie d’un positionnement
géographique particulièrement stratégique, entre la
Méditerranée et les premiers contreforts des Préalpes. Nous
sommes à une vingtaine de kilomètres de Cannes et à
proximité immédiate de Nice, au cœur de l’arrière-pays
azuréen.
La commune s’étend sur environ 44 km². C’est un territoire
vaste et contrasté, qui mêle un centre historique dense, des
quartiers urbains, des espaces naturels remarquables et des
zones agricoles encore actives. Cette diversité façonne notre
identité et contribue fortement à l’équilibre du territoire.
Grasse compte près de 52 000 habitants. Nous sommes sous-
préfecture des Alpes-Maritimes, avec la présence d’un
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tribunal judiciaire et d’une maison d’arrêt, ce qui confirme
notre rôle structurant à l’échelle de l’Ouest du département.
Reconnue mondialement comme la capitale internationale
du parfum, Grasse conjugue patrimoine, activité
économique dynamique et cadre de vie attractif. C’est cette
combinaison qui fait sa singularité et sa force.
Dmag : Depuis combien de temps êtes-vous à la tête de la Mairie de
Grasse et du Pays de Grasse en qualité de Président ? Et
comment décrivez-vous votre stratégie globale en matière
d'environnement pour votre territoire ?
J.V : Je suis Maire de Grasse et Président de la Communauté
d’Agglomération du Pays de Grasse depuis 2014. Depuis le
début de mon mandat, j’ai souhaité que les enjeux
environnementaux ne soient jamais traités à part, mais
pleinement intégrés à l’ensemble de nos orientations
budgétaires et de nos projets.
Jérôme VIAUD, Maire
de la ville de Grasse et
Président de la CAPG
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Notre stratégie est d’abord une stratégie de responsabilité et
d’anticipation.
Le Pays de Grasse est un territoire exposé : fortes chaleurs,
sécheresses, tensions sur la ressource en eau, risques naturels.
Nous devons agir en conséquence. L’enjeu n’est pas
simplement de réagir, mais de préparer durablement notre
territoire.
Cette stratégie repose sur quatre axes.
D’abord, l’adaptation : mieux gérer l’eau, préserver les sols,
lutter contre les îlots de chaleur, protéger la biodiversité et
concevoir des aménagements plus résilients.
Ensuite, la réduction de notre impact : nous avons fixé une
trajectoire claire en matière de baisse des émissions de gaz à
effet de serre, de maîtrise des consommations énergétiques et
de développement des énergies renouvelables. Chaque
politique publique doit contribuer à cet objectif.
Le troisième axe concerne la sensibilisation. Nous menons de
nombreuses actions d’éducation à l’environnement et au
développement durable, auprès des jeunes comme du grand
public, pour faire évoluer les comportements et rendre chacun
acteur de la transition.
Enfin, la cohérence : l’environnement traverse toutes nos
décisions. Mobilités, habitat, aménagement, développement
économique, agriculture… chaque choix est analysé au
regard de son impact environnemental.
Je crois à une écologie pragmatique, adaptée à notre
territoire. Une écologie qui protège, qui prépare l’avenir, et
qui reste compatible avec l’équilibre économique et social de
notre bassin de vie.
Dmag : Comment associez-vous les communes du Pays de
Grasse à l'élaboration et à la mise en œuvre de votre
politique environnementale ?
J.V : La politique environnementale du Pays de Grasse est une
politique collective. Elle se construit dans nos instances :
commissions thématiques, bureau communautaire, conseils
communautaires. Les maires et les élus sont pleinement
associés aux orientations. La vice-présidence en charge de
l’environnement assure l’animation et la coordination, mais les
décisions sont débattues et partagées.
Nous disposons également d’un service dédié à
l’environnement et au développement durable ainsi que d’un
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service dédié à l’énergie. Cela permet d’avoir une ingénierie
interne structurée, capable d’accompagner techniquement
les communes sur tous ces sujets.
Le PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial), qui est notre
feuille de route pour lutter contre le changement climatique,
améliorer la qualité de l’air et maîtriser nos consommations
d’énergie, est un bon exemple de ce travail commun. Il ne
s’agit pas d’un document élaboré par l’administration puis
présenté aux communes ; il est le fruit d’échanges politiques
et techniques réguliers.
Nous avons également engagé un Plan Intercommunal pour
la Biodiversité, qui constitue un cadre partagé pour préserver
et restaurer les milieux naturels à l’échelle du territoire. Ce plan
permet de coordonner les actions des communes, de valoriser
les initiatives locales et d’apporter un appui technique sur des
enjeux très concrets, comme la protection des espèces, la
gestion des espaces naturels ou l’intégration de la biodiversité
dans les projets d’aménagement.
Une fois les orientations validées, les services de la CAPG
accompagnent les communes dans la mise en œuvre :
ingénierie, recherche de financements, mutualisation d’outils.
C’est un travail permanent de dialogue.
Dmag : Avec les réalités et contraintes propres à chaque
commune, comment articulez-vous les objectifs entre
l’agglomération et les communes ?
J.V : Nous fixons un cap commun, mais nous n’appliquons pas un
modèle uniforme.
Le Pays de Grasse est un territoire très contrasté. Les enjeux
d’une commune du haut pays ne sont pas ceux d’un centre
urbain.
L’Agglomération définit une trajectoire – en matière de climat,
d’énergie, d’adaptation – mais chaque commune décline ces
objectifs en fonction de sa réalité.
Notre rôle n’est pas de substituer l’échelon communal. Il est de
garantir la cohérence d’ensemble : éviter les contradictions,
mutualiser lorsque c’est pertinent, soutenir techniquement et
financièrement.
L’équilibre est là : une ambition commune, mais une mise en
œuvre différenciée. C’est ce qui permet d’être à la fois
cohérent et efficace.
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Dmag : Quels sont les principaux enjeux environnementaux
auxquels le Pays de Grasse doit faire face ?
J.V : Le premier enjeu, incontestablement, c’est l’adaptation au
changement climatique.
Le Pays de Grasse est déjà fortement impacté : épisodes de
chaleur plus fréquents et plus intenses, alternance entre
sécheresses prolongées et épisodes pluvieux violents, tension
sur la ressource en eau, risques d’incendie accrus. Nous
devons adapter nos aménagements, protéger nos milieux
naturels et renforcer la résilience de nos infrastructures.
Le deuxième enjeu concerne l’énergie. Nous devons réduire
notre dépendance et maîtriser nos consommations. Notre
territoire dispose d’un potentiel important en matière de
photovoltaïque et de chaleur renouvelable. Il faut s’appuyer
sur ces ressources pour produire localement une part
croissante de notre énergie, de manière durable et avec une
meilleure stabilité des coûts sur le long terme.
Troisième enjeu : la préservation de nos espaces naturels et
agricoles. Le Pays de Grasse est un territoire à forte valeur
paysagère et écologique. La pression foncière, l’artificialisation
des sols et l’érosion de la biodiversité sont des sujets réels.
Nous devons concilier développement et protection.
Enfin, il y a l’enjeu de la décarbonation de notre économie,
notamment industrielle. Notre bassin d’activité est dynamique.
L’objectif n’est pas de freiner le développement, mais de
l’accompagner vers des modèles plus sobres, plus efficaces et
plus responsables.
En résumé, nos défis sont clairs : s’adapter, réduire notre
impact, préserver nos ressources et accompagner la
transformation du territoire sans renoncer à son dynamisme.
Dmag : Vous évoquiez précédemment un plan climat-air-
énergie territorial (PCAET). Quels en sont les objectifs
prioritaires et les échéances ?
J.V. : Comme je l’évoquais précédemment. La Communauté
d’Agglomération du Pays de Grasse a approuvé son
PCAET 2024-2029 en conseil communautaire le 20 juin
2024.
Son élaboration a fortement mobilisé les élus, les
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services et nos partenaires. Nous avons fait un choix
clair : construire la stratégie en même temps que le plan
d’actions. L’objectif était d’éviter un document
théorique et de nous concentrer sur la mise en œuvre
concrète, avec des engagements cohérents avec nos
moyens.
À l’horizon 2030, nous avons fixé une trajectoire
précise :
• Réduire de 41 % nos émissions de gaz à effet de serre par
rapport à 2012
• Diminuer de 23 % nos consommations énergétiques ;
• Atteindre 32 % d’énergies renouvelables dans notre
consommation finale brute.
Ce sont des objectifs exigeants, mais réalistes.
Plus largement, la transition écologique est désormais
intégrée à l’ensemble de nos politiques publiques, à
l’échelle intercommunale comme communale. Chaque
décision est analysée à l’aune de son impact
environnemental.
Nous assumons une approche pragmatique : une
écologie du réel, fondée sur des actions concrètes,
mesurables, et adaptées aux spécificités de notre
territoire.
Dmag : Quelle place occupe la transition écologique dans votre
programme environnemental pour le Pays de Grasse et
pour votre commune ?
J.V. : La transition écologique est une ligne directrice de nos
politiques publiques. À l’échelle de l’Agglomération comme à
celle de la Ville de Grasse, elle structure nos choix
d’investissement et nos priorités budgétaires. Nous arbitrons
désormais les projets en intégrant systématiquement leur
impact énergétique, climatique et environnemental.
Cela concerne les mobilités, l’aménagement, l’habitat, la
gestion de l’eau, la politique énergétique, mais aussi le
développement économique. Nous ne raisonnons plus projet
par projet, nous raisonnons trajectoire.
Concrètement, cela signifie investir dans la rénovation
énergétique plutôt que subir les coûts de fonctionnement,
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développer les énergies renouvelables pour sécuriser nos
dépenses à long terme, limiter l’artificialisation des sols,
préserver le foncier agricole, accompagner nos entreprises
dans leur décarbonation.
Je crois à une transition écologique concrète, adaptée aux
réalités de notre territoire. Elle doit protéger, préparer l’avenir
et rester compatible avec le développement économique et la
cohésion sociale.
C’est un choix politique clair : faire de l’environnement un
facteur d’équilibre et de responsabilité, pas une contrainte.
Dmag : Avez-vous développé des partenariats avec les acteurs
économiques et agricoles de l’agglomération pour
accompagner leur transition écologique ? Si oui, comment
se présentent ces partenariats ?
J.V. : Oui, et c’est même un axe majeur de notre action.
Nous avons fait le choix de ne pas opposer transition
écologique et développement économique. Au contraire,
nous considérons que la transition est un facteur de
compétitivité et de résilience pour notre territoire.
Notre action repose sur deux grands piliers.
La transition agricole et alimentaire
Le premier pilier concerne l’agriculture, qui fait partie de
l’identité du Pays de Grasse, notamment à travers les savoir-
faire liés au parfum reconnus par l’UNESCO.
Nous soutenons activement la filière des plantes à parfum,
aromatiques et médicinales (PPAM). La CAPG accompagne les
Fleurs d’Exception du Pays de Grasse, dont les producteurs
sont engagés en agriculture biologique. Cet
accompagnement est concret : la CAPG apporte un soutien
structurel, avec notamment la mise à disposition de locaux à
InnovaGrasse, une subvention de fonctionnement, ainsi
qu’un partenariat de recherche avec l’INRAE, en particulier sur
la lutte intégrée.
Entre 2010 et 2020, les surfaces cultivées en PPAM sur le
territoire ont doublé. Cela montre que cette politique porte ses
fruits.
À travers le Projet Alimentaire Territorial, nous travaillons avec
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Agribio 06, nous agissons sur le foncier agricole
communautaire avec des baux intégrant des clauses
environnementales, et nous développons des projets
conciliant agriculture et biodiversité, comme sur le site de
l’Archidiaque à La Roquette-sur-Grasse.
Nous développons également des partenariats innovants :
avec ACRI-ST pour l’adaptation des cultures au changement
climatique, avec l’OUGC Artuby-Verdon pour la gestion de
l’eau brute, avec la Manufacture Paysanne pour l’autonomie
des exploitations, et bientôt avec l’ECAM-EPMI pour
l’autonomie énergétique des fermes.
L’objectif est clair : préserver notre agriculture tout en
l’accompagnant vers des modèles plus résilients.
La transition du tissu économique et industriel
Le second pilier concerne notre économie productive.
À travers notre service Développement économique et le
dispositif Grasse Entreprises, la CAPG agit comme facilitateur
territorial.
Dans le cadre du programme Territoires d’Industrie :
• 23 entreprises ont été accompagnées via le Fonds Vert pour
la transition écologique,
• Plusieurs projets industriels ont été soutenus,
• Des revues de projets ont été conduites avec la Task Force Sud
Industrie.
Nous accompagnons les entreprises sur la transition
énergétique (dispositif CAP’THER, Région Sud
Développement), sur l’écologie industrielle avec le projet
Symbiose porté par les entreprises des Bois de Grasse, sur la
gestion des déchets avec le programme RESSORCE, et sur la
sobriété en eau avec des démarches de réutilisation des eaux
usées traitées.
Nous relayons également les dispositifs nationaux structurants
: Communauté du Coq Vert, Sobr’Industrie, Accélérateur
Économie Circulaire, Mission Carb 0.
Notre rôle n’est pas de nous substituer aux entreprises. Il est
de créer un écosystème favorable, d’informer, de mettre en
réseau, de faciliter l’accès aux dispositifs et d’accompagner les
investissements.
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Dmag : Quelles actions avez-vous menées ou menez-vous pour la
rénovation énergétique des édifices publics et privés mais
aussi des foyers au niveau du Pays des Grasse ? Avez-vous
obtenu des résultats ? Si oui, lesquels ?
J.V. : Nous avons choisi d’agir d’abord sur notre propre patrimoine
public.
À l’échelle de la CAPG
Depuis 2021, nous avons mis en place un Marché Global de
Performance Énergétique sur 23 bâtiments intercommunaux.
L’objectif est clair : garantir une performance durable de nos
installations et atteindre une baisse de 12,5 % de nos
consommations d’ici 2029.
Ce dispositif s’inscrit dans la continuité d’un premier contrat de
performance énergétique qui avait déjà permis 25 %
d’économies sur une dizaine de bâtiments. Nous sommes
donc dans une trajectoire progressive et structurée.
À l’échelle de la Ville de Grasse – bâtiments publics
La Ville de Grasse a engagé la même logique.
Un marché global de performance énergétique a été lancé en
2021. Il concerne près de 80 bâtiments communaux, dont
l’ensemble des écoles, avec un objectif supplémentaire de 10
% d’économies d’énergie. Ce chiffre peut sembler mesuré,
mais il intervient après un premier contrat qui avait déjà permis
25 % d’économies. Nous consolidons donc des résultats déjà
significatifs.
Lors de rénovations lourdes, comme la réhabilitation du Palais
de Justice, nous inscrivons les travaux dans une démarche
Bâtiment Durable Méditerranéen. Cela garantit un haut
niveau d’exigence énergétique tout en respectant le
patrimoine. Le recours à des matériaux biosourcés issus d’une
filière locale illustre cette volonté de concilier héritage
architectural et innovation environnementale.
Habitat privé – CAPG
La transition énergétique concerne aussi les habitants.
La CAPG a lancé le Service Public de la Rénovation de l’Habitat.
Ce dispositif, porté avec l’État, la Région, le Département et les
communes, vise à lutter contre la précarité énergétique, à
rénover un parc ancien et à adapter les logements aux besoins
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des personnes âgées ou en situation de handicap.
L’objectif est simple : simplifier l’accès aux aides et sécuriser les
parcours grâce à un guichet unique et un accompagnement
personnalisé.
Habitat privé – Ville de Grasse
À Grasse, nous avons prolongé l’Opération Façades jusqu’en
2031.
Nous avons introduit une avancée importante : les enduits
correcteurs thermiques biosourcés, comme le chaux-liège et le
chaux-chanvre, validés par l’Architecte des Bâtiments de
France et l’ANAH. Cela permet d’améliorer l’isolation dans le
centre ancien classé, où les isolations extérieures sont
interdites.
Depuis septembre 2025, la Ville complète ce dispositif par une
aide financière spécifique pour encourager ces solutions
respectueuses du patrimoine.
Dmag : Avez-vous développé des projets d'énergies renouvelables
tels que le solaire, l’éolien, la géothermie et autres ? Si oui,
lesquels et avec quels partenaires ?
Nous avons engagé une stratégie progressive mais
déterminée en matière d’énergies renouvelables, avec un
principe simple : produire localement, consommer localement,
et sécuriser nos coûts à long terme.
À l’échelle de la CAPG
Aujourd’hui, la CAPG dispose déjà de trois installations
photovoltaïques en toiture, sur deux bâtiments administratifs
et sur l’Espace Culturel et Sportif de la Vallée de la Siagne.
Début 2026, nous franchissons une nouvelle étape avec la
solarisation de l’ombrière du parking du Pôle d’Échanges
Multimodal de Grasse. Cette installation représentera une
puissance de 355 kWc. L’électricité produite alimentera les bus
électriques ainsi qu’une dizaine de bâtiments
intercommunaux, via une boucle d’autoconsommation
collective.
Nous entrons donc dans une logique plus intégrée :
production locale, mobilité décarbonée et mutualisation de
l’énergie.
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Par ailleurs, dès 2019, l’Espace Culturel de Valderoure a été
équipé d’une installation géothermique par sondes de
surface, illustrant notre volonté de diversifier les sources
d’énergie renouvelable.
À l’échelle de la Ville de Grasse
La Ville agit dans la même dynamique.
Depuis 2014, nous avons installé des panneaux solaires
thermiques dans les stades et les centres accueillant du public
afin de produire de l’eau chaude sanitaire.
En 2025, nous avons inauguré la solarisation du site sportif de
la Paoute : 2 400 m² de panneaux photovoltaïques sur les
terrains de padel, pour une production annuelle estimée à 630
000 kWh, soit l’équivalent de la consommation d’environ 250
foyers. Ce projet, porté par SUN ENERGY 06 dans le cadre du
GREEN Deal 06 du Département, intègre une boucle locale
d’autoconsommation collective.
En 2026, le parking de l’aire de covoiturage du stade Jean
Girard sera à son tour équipé de deux ombrières solaires,
représentant près de 200 kWc de puissance installée.
L’électricité produite alimentera les bâtiments communaux. Là
encore, l’objectif est double : réduire notre empreinte carbone
et sécuriser une partie du coût de l’électricité dans un contexte
de forte volatilité des prix.
Une stratégie territoriale cohérente
Le potentiel de développement des énergies renouvelables
n’est pas uniforme sur notre territoire. Le photovoltaïque reste
aujourd’hui la filière la plus adaptée, notamment en toiture,
sur les ombrières de parking et sur les friches industrielles.
Nous privilégions donc l’utilisation du foncier déjà artificialisé
plutôt que la consommation d’espaces naturels ou agricoles.
Dans le cadre de la loi APER de 2023, nous travaillons avec les
communes à l’identification des zones d’accélération des
énergies renouvelables. Cette planification permet d’anticiper,
d’encadrer et d’accélérer les projets, tout en tenant compte
des spécificités locales et des enjeux paysagers.
Notre ligne est claire : développer les énergies renouvelables
de manière maîtrisée, cohérente avec notre territoire, et au
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service de l’intérêt général.
Dmag : Parlez-nous de biodiversité et dites si des actions concrètes
sont menées pour sa préservation au niveau de
l’agglomération ou si la préservation est du ressort de
chaque commune ?
J.V. : Le Pays de Grasse bénéficie d’une biodiversité exceptionnelle,
avec des espèces rares, parfois uniques au monde, comme
l’Erodium de Rodié à Saint-Vallier-de-Thiey.
Sa préservation ne relève pas uniquement des communes :
c’est un enjeu partagé, que nous portons collectivement à
l’échelle intercommunale.
C’est pourquoi la Communauté d’Agglomération du Pays de
Grasse a adopté un Plan Intercommunal pour la Biodiversité
pour la période 2026-2031. Cette feuille de route commune
aux 23 communes du territoire vise à structurer notre action
et à apporter une réponse cohérente face aux pressions qui
s’exercent sur les milieux naturels et les paysages.
Concrètement, cela se traduit par des actions très
opérationnelles :
• La lutte contre les espèces exotiques envahissantes, comme
le frelon asiatique,
• La réduction de la pollution lumineuse, avec l’obtention du
label « Villes et Villages Étoilés » en 2025,
• Ou encore des programmes d’inventaire et de protection
d’espèces, comme les hirondelles, pour enrayer leur déclin.
Cette dynamique s’inscrit dans une action engagée de
longue date. La CAPG a été la première intercommunalité en
France à s’engager, dès 2018, dans un Contrat de Transition
Écologique avec l’État axé sur la biodiversité. Cela nous a
permis d’impulser et de soutenir de nombreux projets
concrets : la création du centre de soins de la faune sauvage
à Saint-Cézaire-sur-Siagne, le développement d’outils
pédagogiques comme un « escape game » dédié à la
biodiversité dans les écoles…
Cette approche se prolonge également à travers notre Projet
Alimentaire Territorial du Pays de Grasse, qui contribue à
préserver les équilibres agricoles, les paysages et la
biodiversité locale.
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L’intercommunalité joue un rôle de pilotage, de coordination
et d’appui technique, tandis que les communes assurent la
mise en œuvre sur le terrain, au plus près des réalités locales.
C’est cette articulation entre stratégie intercommunale et
action communale qui nous permet d’agir efficacement pour
préserver ce patrimoine naturel, qui fait aussi l’identité et
l’attractivité de notre territoire.
Dmag : Existe-t-il des objectifs chiffrés en matière de réduction des
émissions de gaz à effet de serre, de développement des
énergies renouvelables, ou de préservation de la
biodiversité au niveau de l’agglomération ? Si oui, lesquels
J.V. : Oui, ces objectifs sont définis dans le cadre de notre Plan
Climat Air Énergie Territorial (PCAET), qui fixe une
trajectoire chiffrée en matière de réduction des émissions de
gaz à effet de serre, de maîtrise des consommations
énergétiques et de développement des énergies
renouvelables.
En matière de biodiversité, l’approche est différente. Nous
ne sommes pas sur des objectifs strictement chiffrés, comme
la reconquête d’un nombre défini d’hectares, mais sur une
stratégie globale et opérationnelle.
Le Plan Intercommunal pour la Biodiversité constitue à ce
titre notre feuille de route. Il comprend un plan d’actions
structuré, qui articule à la fois la continuité des actions déjà
engagées et de nouvelles actions à déployer.
Au total, 51 actions sont identifiées, dont 24 nouvelles à
mettre en œuvre à partir de 2026. L’objectif est de déployer
l’ensemble de ces actions sur les cinq prochaines années
afin de réduire concrètement les pressions qui s’exercent sur
notre patrimoine naturel.
Dmag : Comment se présente le système de mobilité sur votre
territoire au niveau de l’agglomération et au niveau
de la commune de Grasse ?
J.V. : Le système de mobilité sur le territoire du Pays de Grasse
repose sur une organisation structurée, pensée à l’échelle
intercommunale, en articulation étroite avec la Ville de
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Grasse.
La politique de mobilité est encadrée par le Plan de
Déplacements Urbains (PDU) 2017-2027, qui fixe un cap clair
: faciliter les déplacements du quotidien tout en développant
des alternatives à la voiture individuelle.
Au cœur de ce dispositif, le Pôle d’Échanges Multimodal
(PEM) de Grasse constitue un point névralgique. Situé en
connexion directe avec la gare SNCF et la gare routière, il
permet l’interconnexion entre les réseaux urbain (Sillages),
interurbain (ZOU !) et ferroviaire (TER). Il intègre également
un parc-relais de 220 places, gratuit pour les usagers des
transports en commun, favorisant l’intermodalité.
Ce site accueille aussi la Maison de la Mobilité, qui centralise
l’information, la vente de titres de transport et propose des
services complémentaires : location de vélos électriques,
solutions de mobilité douce et équipements dédiés aux
cyclistes.
Le réseau de transport en commun Sillages a été
profondément restructuré dans le cadre de la délégation de
service public 2023-2032. Il s’appuie aujourd’hui sur :
▪ Un réseau scolaire structuré de 35 lignes,
▪ Un réseau urbain de 15 lignes renforcé, avec notamment la
ligne Centifolia, très fréquentée, reliant la gare au centre-ville
avec une forte amplitude horaire,
▪ Une amélioration des fréquences et des correspondances
avec les réseaux régionaux,
▪ Et un maillage de proximité permettant de mieux desservir
les quartiers.
Cette organisation est appelée à monter en puissance avec le
projet structurant de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS)
entre Grasse et Mouans-Sartoux. Ce corridor de 8 km, 100 %
électrique, offrira à terme un service cadencé, rapide et fiable,
avec des aménagements dédiés et une intégration des
mobilités actives.
Parallèlement, la Communauté d’Agglomération développe
des solutions complémentaires pour accompagner les
évolutions des usages :
• Le soutien actif au covoiturage du quotidien, avec des
résultats en forte progression,
• Le déploiement d’infrastructures de recharge pour véhicules
électriques
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• Et le développement des mobilités douces, notamment
cyclables et piétonnes.
L’ensemble de cette stratégie vise à proposer une offre de
mobilité plus lisible, plus accessible et plus durable, adaptée
aux besoins des habitants comme aux enjeux de transition
écologique du territoire.
Dmag : Avez-vous mis en place des mesures concrètes pour
favoriser le vélo et la marche au niveau de l’agglo et au
niveau de votre commune ?
J.V. : Le développement de la pratique cyclable constitue un axe
stratégique majeur de la politique de mobilité de la
Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse (CAPG),
en sa qualité d’autorité organisatrice de la mobilité (AOM).
L’essor du vélo à assistance électrique (VAE) a permis de
rendre la pratique cyclable accessible à un public élargi, en
réduisant l’effort physique et les temps de parcours.
Toutefois, plusieurs freins subsistent :
• Un déficit d’aménagements cyclables adaptés ;
• Un coût d’acquisition élevé des VAE ;
• Des habitudes de déplacement encore fortement ancrées ;
• Des contraintes liées à l’entretien, au stationnement et à la
sécurisation du vélo.
Pour répondre à ces enjeux, la CAPG a approuvé un Schéma
Directeur Cyclable en 2018 puis a progressivement structuré
une offre publique de services cyclables.
Lancé en 2018, le service La Bicyclette propose une location
longue durée de VAE, à des tarifs attractifs (32 €/mois ou 84
€/trimestre), permettant aux habitants d’expérimenter
l’usage du vélo sur une période suffisante pour favoriser un
changement durable de pratiques.
Initialement dotée d’une vingtaine de vélos, la flotte n’a cessé
de croître, témoignant d’un intérêt marqué des usagers. En
2025, elle atteint 98 VAE (120 en 2026), dont un vélo cargo,
avec un taux d’occupation élevé.
Depuis 2024, la CAPG complète cette offre avec un service
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de location courte durée en libre-service, les Solexyclettes,
accessible au tarif de 1 € la demi-heure. Ce dispositif
comprend aujourd’hui :
• 6 stations implantées à Grasse, Mouans-Sartoux et
Peymeinade ;
• Une flotte d’environ 30 VAE.
Trois nouvelles stations seront déployées en 2026 afin de
renforcer le maillage territorial. Ce service répond à des
usages distincts de La Bicyclette — déplacements ponctuels,
intermodalité, essais spontanés — et contribue à renforcer la
visibilité de la politique cyclable de la CAPG.
En parallèle, la CAPG déploie depuis 2019 des
stationnements vélos sécurisés, « les boxyclettes », afin de
lever un frein majeur à la pratique : la sécurisation du vélo
dans l’espace public et à proximité des pôles générateurs de
déplacements. Ces équipements favorisent la fidélisation des
usagers et l’ancrage durable de la pratique cyclable.
Enfin, sur le volet des déplacements à pied, les résultats de
l’enquête mobilité 2023 sont particulièrement
encourageants : 21 % des déplacements sont réalisés à pied
(16% en 2009). Dans cette dynamique, la CAPG s’est associée
à la Ville de Grasse pour engager une refonte de la
signalétique piétonne entre la gare SNCF et le centre-ville,
afin d’améliorer la lisibilité et l’attractivité des cheminements.
Dmag : La commune de Grasse ainsi que toutes les autres du Pays
de Grasse peuvent-elles être considérées comme des villes
durables ?
J.V. : Je crois que oui, et ce n’est pas une affirmation théorique.
À l’échelle intercommunale, la CAPG a été labellisée Territoire
Engagé pour la Transition Écologique – 2 étoiles, en
reconnaissance de la politique climat-air-énergie que nous
menons. Nous visons désormais la troisième étoile d’ici fin
2026, ainsi qu’une labellisation spécifique en matière
d’économie circulaire.
Cela signifie que notre trajectoire est évaluée, mesurée, et
reconnue à l’échelle nationale.
18
Nous avons également été distingués en 2025 comme «
Territoire de Villes et Villages Étoilés », une reconnaissance de
nos actions en matière de réduction de la pollution lumineuse
et de préservation du ciel nocturne. Seuls 17 territoires sont
aujourd’hui labellisés à l’échelle nationale, et nous formons,
aux côtés du Parc naturel régional des Préalpes d’Azur, de la
Communauté de Communes Alpes d’Azur et du Parc national
du Mercantour, la plus grande trame étoilée de France.
Mais au-delà des labels, ce sont surtout nos choix concrets qui
permettent de parler de territoire durable :
• Nous investissons dans des bâtiments publics plus
performants et accessibles.
• Nous développons une énergie locale et renouvelable, avec
des dispositifs d’autoconsommation collective.
• Nous modernisons l’éclairage public en conciliant
performance énergétique et respect de la biodiversité
nocturne.
• Nous encourageons des mobilités plus propres et plus
partagées.
• Nous préservons nos espaces naturels et agricoles.
À l’échelle de la Ville de Grasse, ces engagements ont
également été reconnus :
Marianne d’Or du développement durable, label « Ville
étoilée » pour la qualité de l’environnement nocturne,
Pays de Grasse, Territoire Engagé
pour la Transition Écologique
Territoire durable
19
reconnaissance Territoire engagé pour la nature, maintien
des 3 fleurs.
À l’échelle du Pays de Grasse, nous sommes également
engagés dans des démarches structurantes comme le
Contrat de Transition Écologique ou Territoire d’Industrie.
Ces distinctions ne sont pas des finalités. Elles traduisent un
travail de fond. Un territoire durable, ce n’est pas un slogan.
C’est un territoire qui anticipe, qui protège ses ressources, qui
maîtrise son énergie et qui maintient un équilibre entre
développement économique et préservation de
l’environnement. C’est cette ligne que nous tenons.
Dmag : Comment intégrez-vous les enjeux environnementaux
dans votre Plan local d’urbanisation et intercommunal
(PLUI) ?
J.V. : La Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse ne
dispose pas, à ce jour, de Plan Local d’Urbanisme
intercommunal (PLUi). Elle est en revanche membre d’un
syndicat en charge de l’élaboration et du suivi du Schéma
de Cohérence Territoriale (SCoT), aux côtés de la
Communauté d’Agglomération Cannes Pays de Lérins.
Dans ce cadre, elle veille à la bonne articulation entre les
documents de planification et les projets portés par les
communes du territoire. Elle joue un rôle de coordination et
de mise en cohérence, en s’appuyant sur l’expertise de ses
services dans des domaines clés tels que la planification,
l’aménagement, l’environnement, l’énergie, les
déplacements ou encore l’agriculture.
Dmag : Comment se présente la préservation et le développement
des espaces naturels et verts ? Est-ce des actions qui sont
menées au niveau de l’agglomération ou il revient à
chaque commune de préserver et développer ses espaces
naturels et verts ?
J.V. : La préservation des espaces naturels repose à la fois sur
l’échelle communale et intercommunale.
20
À l’échelle de l’Agglomération, nous travaillons sur les
grands équilibres : planification territoriale, trame verte et
bleue, protection des terres agricoles, lutte contre
l’artificialisation des sols. Le SCoT et le PCAET fixent un cadre
structurant.
Mais la mise en œuvre concrète, notamment en matière
d’espaces verts urbains, relève principalement des
communes. À Grasse, nous avons fait le choix d’agir
directement à travers nos documents d’urbanisme.
En 2024, nous avons engagé une modification du Plan
Local d’Urbanisme de la ville de Grasse pour renforcer la
place de la nature en ville. L’objectif est clair : concilier
développement urbain et préservation des équilibres
écologiques.
Nous avons renforcé les exigences de végétalisation dans
les règles d’urbanisme, notamment dans les secteurs les plus
denses, où le déficit d’espaces verts est le plus marqué. Nous
consolidons également la trame verte et bleue pour
préserver les corridors écologiques et limiter la
fragmentation des milieux.
Cette évolution du PLU répond à plusieurs enjeux : freiner
l’érosion de la biodiversité, améliorer la qualité de l’air, lutter
contre les îlots de chaleur et renforcer le confort urbain.
Parallèlement, nous agissons très concrètement sur le
terrain. Nous avons créé ou requalifié plusieurs espaces
verts : le jardin Dolla, le Jardin des Plantes, le jardin Roure, le
jardin de la Fontaine boulevard Schley, ou encore les
aménagements paysagers des ronds-points des 4 Chemins
et des Chasseurs Alpins. L’extension du parc départemental
de Roquevignon participe également à cette dynamique.
Dmag : Comment se présente la politique en matière de réduction
et de tri des déchets ? Avez-vous des résultats à nous
communiquer en la matière ?
J.V. : La réduction et le tri des déchets font partie des compétences
majeures de l’Agglomération. Nous avons structuré notre
action autour d’un Programme Local de Prévention des
Déchets Ménagers et Assimilés, qui fixe des objectifs précis et
organise notre feuille de route.
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Nous travaillons sur deux leviers : la réduction à la source et
l’amélioration du tri. Cela passe par un travail de
sensibilisation avec nos ambassadeurs du tri, par le
développement du compostage individuel et collectif, et par
l’introduction d’outils innovants. Nous utilisons par exemple
l’intelligence artificielle sur un véhicule de collecte pour
repérer les erreurs de tri. Nous avons également déployé la
solution Cliiink pour encourager le tri du verre à travers un
système incitatif.
Les résultats sont mesurables.
En dix ans, nous avons réduit de 13 % les ordures ménagères.
Dans le même temps, le tri sélectif a progressé de 64 % et le
tri du verre de 23 %.
Ce sont des évolutions significatives. Elles montrent que la
pédagogie, l’accompagnement et la constance finissent par
produire des effets concrets.
Dmag : Avez-vous au niveau de l’agglomération ou de la commune,
développé des initiatives d'économie circulaire, de recyclage,
ou de compostage collectif ?
J.V. : Oui, et nous avançons de manière progressive mais concrète.
En matière de compostage, nous avons aujourd’hui plus de 6
500 composteurs individuels installés sur le territoire, ainsi
qu’une quinzaine de composteurs collectifs, notamment à
proximité des cœurs de villages. Cette dynamique continue
de s’amplifier, car la réduction des biodéchets est un levier
important.
Nous développons également la distribution de
lombricomposteurs, particulièrement adaptés aux habitants
en logement collectif, afin de permettre à chacun de
s’inscrire dans cette démarche, quel que soit son cadre de
vie.
Nous travaillons également avec nos syndicats de traitement
des déchets pour favoriser le retour au sol des déchets verts.
Des partenariats sont développés avec des agriculteurs
locaux afin de valoriser cette matière organique plutôt que de
la considérer comme un simple déchet.
L’économie circulaire, c’est aussi créer des boucles locales. Le
dispositif Cliiink, par exemple, permet d’inciter au tri du verre
22
tout en créant un système vertueux pour les habitants et les
commerçants partenaires.
Notre approche est simple : limiter le gaspillage, valoriser
localement les ressources et transformer les déchets en
matière utile. C’est une logique de bon sens, mais aussi une
logique de résilience territoriale.
Dmag : Votre territoire connait-il un problème de raréfaction et de
qualité en matière de ressource en eau ? Si oui, comment
gérez-vous cette situation ?
J.V. : La gestion de l’eau potable sur le territoire du Pays de
Grasse s’organise selon différents modes – régies,
syndicats ou délégations de service public – en fonction
des communes. Pour autant, les enjeux liés à la ressource
sont pleinement partagés et traités de manière cohérente
à l’échelle du territoire.
Notre territoire bénéficie d’une situation relativement
privilégiée : une grande partie de l’eau distribuée provient
de sources situées dans le moyen et le haut pays, dans des
zones préservées, à l’abri des pressions urbaines. Cette
ressource est complétée par des unités de traitement
performantes, qui garantissent une qualité constante.
Pour autant, cette ressource reste fragile et directement
impactée par le changement climatique. Les épisodes de
sécheresse que nous avons connus en 2022 et 2023 ont
rappelé la nécessité d’anticiper et de mieux gérer cette
ressource.
Face à cela, plusieurs leviers sont mobilisés.
D’abord, la sobriété : chacun doit participer à l’effort
collectif, qu’il s’agisse des particuliers, des collectivités ou
des acteurs économiques.
Ensuite, la performance des réseaux : des investissements
réguliers sont réalisés pour renouveler les canalisations,
déployer des capteurs et limiter les fuites.
Par ailleurs, les schémas directeurs d’eau potable, en cours
d’élaboration, permettent de structurer une stratégie à
long terme pour réduire la vulnérabilité du territoire.
23
Enfin, la solidarité entre territoires est essentielle. Le
maillage des réseaux permet des échanges d’eau entre
secteurs afin de sécuriser l’approvisionnement en période
de tension.
Notre responsabilité est claire : ne pas prélever au-delà de
ce que la ressource peut supporter. Préserver l’eau, c’est
préserver l’équilibre de nos milieux naturels et de notre
cadre de vie.
Dmag : Quelle place donnez-vous à la participation citoyenne dans
vos choix environnementaux ?
J.V. : La participation citoyenne est importante, surtout lorsqu’il
s’agit de projets qui transforment durablement le cadre de vie.
Pour les grands projets structurants – comme le BHNS, le
projet Martelly ou les aménagements des espaces publics – la
concertation est un passage obligé. Elle permet d’ajuster les
projets aux usages réels, d’anticiper les contraintes et
d’intégrer pleinement les exigences environnementales dès la
conception.
Nous avons également engagé une démarche de gestion
concertée du centre-ville, associant commerçants, habitants,
agents territoriaux et partenaires. Les sujets abordés sont très
concrets : valorisation des déchets, éclairage public,
développement de la nature en ville. L’objectif est de co-
construire des solutions pragmatiques et adaptées.
Cette dynamique s’appuie aussi sur le Conseil de
développement du Pays de Grasse, instance de démocratie
participative que nous avons souhaité relancer dès le début
du mandat. Il permet d’associer des citoyens engagés, issus
d’horizons divers, à la réflexion sur les grands enjeux du
territoire, y compris environnementaux. Par leurs
contributions, leurs analyses et leurs publications, ils apportent
un regard complémentaire, à la fois libre et constructif, sur nos
politiques publiques.
Enfin, certaines démarches spécifiques, comme la Haute
Qualité Environnementale portée par Grasse Parkings, ont
donné lieu à des ateliers de concertation dédiés à la
performance énergétique, à la qualité de vie et au respect de
24
l’environnement, notamment avec les abonnés et les
étudiants.
La participation ne remplace pas la décision publique, mais elle
l’éclaire. Elle permet de concevoir des projets plus justes, mieux
compris et donc plus efficaces dans la durée.
Dmag : Quel budget consacrez-vous aux politiques
environnementales ? A-t-il évolué ?
J.V. : Il est difficile d’isoler un “budget environnement” strict, car
aujourd’hui l’environnement est intégré dans l’ensemble de
nos politiques publiques.
À l’échelle de la CAPG, en 2024, près de 80 % du budget total
était fléché comme favorable ou neutre pour le climat. Cela
montre que la transition écologique n’est pas un poste
marginal, mais une grille de lecture budgétaire.
Le budget d’investissement dédié à la transition énergétique
continue d’évoluer. Nous faisons le choix d’investir pour
réduire nos dépenses de fonctionnement à long terme :
décarbonation, rénovation énergétique, production locale
d’énergies renouvelables. Ce sont des investissements qui
sécurisent nos finances face à la volatilité des prix de l’énergie.
À l’échelle de la Ville de Grasse, la progression est constante
car les critères environnementaux sont intégrés dans chaque
projet.
Entre 2020 et 2026, nous avons consacré plus de 2,5 millions
d’euros à la modernisation complète de l’éclairage public, avec
un objectif de 100 % LED. Nous avons également investi près
de 2 millions d’euros dans la modernisation des installations
thermiques de nos bâtiments.
Ces choix traduisent une ligne claire : investir aujourd’hui pour
maîtriser nos charges demain, tout en améliorant la
performance environnementale de notre patrimoine.
Dmag : Travaillez-vous à collaborer avec des associations
environnementales, des établissements de recherche ou
d'autres collectivités ?
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J.V. : Oui, et c’est indispensable. La transition écologique ne se
conduit pas seule.
À Grasse et au Pays de Grasse, nous travaillons avec trois types
de partenaires : le monde associatif, la recherche, et les autres
collectivités.
D’abord, les associations environnementales jouent un rôle
essentiel de sensibilisation et d’éducation. Nous travaillons
notamment avec Planètes Sciences Méditerranée, qui
intervient auprès des scolaires et du grand public à travers des
projets pédagogiques et des animations.
La CAPG soutient également des structures comme la LPO ou
le Conservatoire d’Espaces Naturels PACA, qui contribuent
directement à la préservation de la biodiversité. Nous
accompagnons aussi le centre de soins de la faune sauvage,
qui joue un rôle clé dans la prise en charge et la protection des
espèces en difficulté sur notre territoire.
Ensuite, la recherche et l’innovation sont des leviers majeurs.
Avec ACRI-ST, nous avons installé deux microstations météo
afin d’analyser les températures et cartographier les îlots de
chaleur urbains grâce à l’imagerie satellite, dans le cadre du
projet Fresh Space.
Nous avons également signé une convention tripartite entre
la CAPG, l’ECAM-EPMI et SUEZ pour lancer une thèse CIFRE
consacrée à la réutilisation des eaux usées traitées. Cette
collaboration entre recherche académique et acteurs
économiques permet d’apporter des solutions concrètes
adaptées à notre territoire.
Enfin, nous travaillons en coopération avec d’autres
collectivités. Sur la performance énergétique, un groupement
de communes de l’Ouest 06 s’est constitué pour mutualiser les
expériences et accéder à des financements.
À l’échelle de CAP AZUR, nous avançons ensemble sur le
déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules
électriques et sur le Plan Climat.
Nous intervenons également via les syndicats spécialisés
comme le SIEF, le SMIAGE ou le SMED.
Cette coopération à plusieurs niveaux renforce la cohérence
et l’efficacité de notre action. L’environnement est un sujet
transversal : il suppose de croiser les compétences, les
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expertises et les territoires
Dmag : En se situant sur les plans techniques, financiers,
politiques, adhésions des populations et autres, quelles sont
les principales difficultés que vous avez rencontrées ou
rencontrez dans la mise en œuvre de votre politique
environnementale ? Selon la difficulté, comment l’avez-vous
résolue ou la résolvez-vous ?
J.V. : Mettre en œuvre une politique environnementale ambitieuse
n’est jamais simple. Les difficultés existent, à plusieurs niveaux.
Sur le plan technique, les solutions sont souvent connues, mais
leur application peut être complexe. C’est particulièrement
vrai sur des bâtiments patrimoniaux, où les contraintes
architecturales limitent certaines interventions. Nous
avançons avec méthode, en adaptant les solutions et en
assurant un suivi rigoureux des chantiers. Cette exigence
permet aussi à nos équipes de monter en compétence et de
renforcer leur expertise.
Sur le plan financier, les investissements sont importants,
d’autant plus dans un contexte d’inflation sur les matériaux et
la main-d’œuvre. Nous avons donc structuré une stratégie de
financement : mobilisation de subventions, recours à des
dispositifs comme l’Intracting, qui permet de financer les
travaux grâce aux économies d’énergie générées, et
valorisation des Certificats d’Économies d’Énergie. L’objectif
est clair : investir sans fragiliser l’équilibre budgétaire.
Sur le plan politique, il faut aussi composer avec des
injonctions parfois contradictoires. Nous devons par exemple
répondre aux objectifs de production de logements,
notamment dans le cadre de la loi SRU, tout en réduisant
fortement la consommation foncière et l’artificialisation des
sols. Ces équilibres sont exigeants et nécessitent des arbitrages
fins, au cas par cas.
Plus largement, il faut assumer des choix. On ne peut pas tout
faire en même temps. La clé est de combiner les objectifs.
Rénover l’éclairage d’un stade, ce n’est pas seulement un
choix énergétique : c’est aussi un soutien aux clubs et aux
usagers. Moderniser les écoles améliore à la fois la
performance énergétique et les conditions d’apprentissage.
Investir dans un bus à haut niveau de service, c’est agir pour
le climat et pour le pouvoir d’achat.
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Enfin, l’adhésion de la population est essentielle. La transition
suppose des changements d’habitudes. Cela demande de la
pédagogie, de la constance et des résultats visibles.
La difficulté principale, au fond, est de tenir la trajectoire dans
la durée. C’est ce que nous faisons depuis 2014 : avancer de
manière progressive, structurée et cohérente.
